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Je suis de ceux qui aiment et non de ceux qui haïssent (Antigone).

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L'instant

Des mots fatidiques qui tombent comme un couperet. S’y attendre et s’y être préparé… Il aura fallu quelques examens, deux trois analyses, des radios et puis… il est là, juste en face. Vêtu d’une blouse blanche dans cette atmosphère si aseptisée. Une vague odeur d’antiseptique qui flotte et atteint les narines. Des murs peints dans l’espoir de faire paraître un peu de chaleur à cet endroit si froid. Ses mots sont doux, apaisants tandis que ses yeux sont graves. Quelque chose d’étrange donne une atmosphère presque… Alors c’est pour bientôt ? Il ne faudra pas tarder. Bientôt ce symbole de féminité disparaîtra et puis viendra ensuite un traitement. Rien n’aurait pu laisser supposer que cela arrive. Pourquoi soi ? Toujours cette même question fatidique qui tombe chez chaque patient. Toujours cette même interrogation qui s’envole et se perd sans jamais trouver de réponse. Là, tout de suite, c’est juste une impression d’être ailleurs, une impression d’entendre au loin le discours qui se voudrait combatif et rassurant à la fois. L’entendre ? Oui ; l’écouter ? Non. Les mots prononcés plus tôt ont laissé une certitude à la place des doutes qui demeuraient depuis quelques temps. Cette certitude s’est faite guillotine tandis qu’en face, Marie-Antoinette sait qu’elle va perdre d’elle-même. Etre là sans y être vraiment… Juste par la présence physique car il y a bien un bon nombre de minutes que l’esprit s’est évadé de cette pièce où maintenant le corps étouffe d’y être. Il s’éloigne doucement, suivant le cours des pensées. Après… Après cette mutilation programmée viendra ces séances de poison. Il faudra alors s’y soumettre et puis peu à peu on verra une autre transformation, tout aussi brutale que la précédente. Devoir se confronter à cette inéluctable poison sensé sauver. Quel antagonisme que de s’empoissonner volontairement pour mieux combattre cette infecte mutation cellulaire. S’empoisonner pour se sauver. Pourtant bientôt, juste passer les doigts dans les cheveux, geste si machinal, deviendra un enfer. Des mèches tomberont encore et encore, s’effilocheront dans les mains. Y penser d’instinct. L’appréhender. Quel symbole pire que celui-ci pourrait donner le ton ? Maintenant, juste vouloir se sauver de cet endroit, s’échapper de ces murs qui veulent hypocritement faire croire à une chaleur humaine qui n’existe pas. Se réfugier et courir. Où ? On ne sait pas ? Vers quoi ? Vers qui ? Y aurait-il quelqu’un pour ça ?


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