Je suis de ceux qui aiment et non de ceux qui haïssent (Antigone).
Se dire qu’il faut dormir, être raisonnable, que c’est bon pour soi, ça reste un discours assez simple, simpliste et soi-disant raisonné. Cependant, il y a des moments où il n’est pas si facile de se plier à cette « sagesse ».
Que faire d’un cas de conscience… Et voilà une croisée des chemins bien peu banale. Se préparer à affronter l’ennemi c’est finalement pas le plus dur. On monte des dossiers, on planche sur les argumentaires, on fait ressortir l’essentiel. On tente même d’avoir l’esprit assez tordu pour parer aux diverses attaques auxquelles on risque de faire face. Tout est assez clair. La cause, en elle-même est véritablement juste, ce qui, bien sûr, motive encore plus, donne davantage de rage de vaincre. Et puis, d’un coup, ça survient et on se retrouve, alors qu’on se battait depuis longtemps, au carrefour d’une question de conscience. Certes l’autre, l’ennemi, est assez pervers dans ses attitudes pour avoir conduit à prendre place dans ce « combat » et cette lutte acharnée ; la guerre psychologique qui s’est alors instaurée a été jusqu’alors le moteur de cet entêtement. Face à l’incompétence, le manque totale d’humanité, l’imprudence qui risque l’homicide, il est clairement établi qu’on ne peut que s’élever contre cela. Cependant, là, maintenant, tout est clair et pourtant… derrière tout ça on se rend compte qu’on s’est déshumanisé face à l’autre. Il était le pire et on lui a offert le pire. Qui donc, des deux est devenu le pire justement ? C’est bien là que se pose la question. A vouloir combattre pour une cause que l’on pensait si juste on se rend alors compte que seulement en abattant l’adversaire, on ne pourra faire vaincre celle-ci. Cependant l’abattre c’est le priver de son moteur, de ses ambitions, de ses aspirations tant sur un plan professionnel que sur un plan privé. On a presque du dégoût de soi de savoir qu’on va plus ou moins agir en détruisant l’autre. On n’aurait pas voulu ça. On s’y est trouvé obligé et puis maintenant, face à cette réalité, on n’encaisse pas vraiment. L’autre, c’est encore son problème, sa responsabilité… Mais qu’en est-il de sa famille, de ses proches, de ses enfants. Agir contre lui engendrera alors une somme de conséquences pour ces tiers qui n’ont rien à voir ici avec la cause que l’on défendait au départ. On se tient éveillé. On a beau savoir que cette cause est juste, on a du mal à l’avaler. Démolir l'autre, quelles que soient ses fautes, quel que soit son comportement, on en devient dépité. Tous ses arguments donnent il le droit qu'on agisse ainsi ? Sur un plan légal, bien sûr ; sur un plan moral... c'est bien là la question de ces insomnies qui perdurent... Une potentielle victoire qui s’annonce à un goût bien amer. On aurait tellement voulu que tout se passe en douceur, différemment. Quel dégoût ! On est juste cassant, sans cœur, ignorant de la définition ou voire même de la moindre notion des sentiments : il ne pourrait en être autrement puisque c’est ainsi que l’on agit. Et pourtant. Etre ainsi perdu au milieu de tout cela. Ne pas être en mesure de relativiser. On ne peut que constater que plus le temps passe, plus on s'efface, comme l'empreinte dans le sable, balayée par le vent. On a beau savoir qu'on est là, présent dans le combat, partie prenante dans l'action, on oublie pas tout ce qu'on risque encore de causer. On aurait voulu pouvoir s’adresser à qui aurait pu être disposé à écouter, juste pour savoir relativiser mais non, on fera rien parce que finalement on sait pas et puis de toute façon on veut pas déranger. On fait assez de dégâts là, alors on va pas en rajouter de l'autre côté en s'imposant. On est peut-être juste devenu impitoyable, froid comme la glace, dur comme la pierre et invisible comme l’air (pour reprendre une expression empruntée), en somme juste devenu aussi déshumanisé que celui qu’on se voit affronter. On se retrouve juste parmi des doutes, des craintes, la peur au ventre sans savoir et sans pouvoir trouver la confiance d’en parler. Envie de tout lacher, juste parce qu’on sait même plus si on manque de cœur ou pas, juste parce qu’on a trop l’impression de s’être robotisé dans les lois, perdu dans les textes, réfugié dans les arguments avec la démolition en règle et légale d'un sujet et au final on aura quoi : un miroir et le manque de courage d’y faire face peut-être…