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L’aube se levait doucement. Le ciel laiteux ressemblait à un douillet lit de coton suspendu,
protégé des regards indiscrets par un épais brouillard matinal. Bientôt il fera place à un merveilleux soleil. Aurai-je le temps d’en profiter, de sentir ses rayons réchauffer mon visage ? Le dos
collé à toi, je m’engage et j’avance. Trente pas doivent nous séparer pour accomplir cette triste destinée. Il aura fallu les batailles, les luttes acharnées de nos deux familles pour finir par
apaiser tout le monde par un pacte qui nous lie, toi et moi dans la mort. Etait-ce donc un tel crime de nous aimer pour que la seule alternative trouvée fut ce duel auquel nous devons nous prêter
?
L’air est froid et humide. L’étang à nos pieds dégagent une odeur marine qu’en d’autres
temps nous aurions trouvée romantique. Baignés par les premiers rayons du jour, les arbres semblent s’éveiller de cette nuit qui bientôt m’emportera, à moins que ce ne soit
toi.
Je continue d’avancer sur ce chemin que je foulerai pour la dernière fois. Les feuilles
jonchent le sol et les nuances de vert et de rouille s’emmêlent joyeusement dans un tableau d’une nature.. morte. Tout ici respire la sérénité et la vie, l’apaisement et l’enchantement et
pourtant, c’est ici que tout va se passer, bouleversant notre destinée à jamais. Je fixe le bout du chemin et mon dos conserve la mémoire de ce qu’il était bon de sentir le tien collé contre moi,
même pour cette occasion. Aurai-je le courage de tirer la balle qui transpercera ton cœur alors qu’elle déchirera le mien ? Je retiens et je chéris les regards si tendres que tu posais sur moi,
ne pouvant me résoudre à voir cette incroyable et si vide froideur qu’ils auront bientôt. Auras-tu le courage, lorsque tu tendras ce bras qui m’a tant serrée contre toi, de tirer la balle qui
mettra fin à tout cela. Seras-tu triste de me voir tomber, face contre terre, dans ce chemin que la boue n’a pas épargné ? Aurons-nous l’audace de tirer ?
L’heure n’est plus aux interrogations et les trente pas sont achevés. Il est temps de se
retourner, de faire face à celui que j’ai tant aimé. Le visant d’un geste sûr, je ne me puis me résoudre et je sens déjà mon bras qui tremble à l’idée de perdre celui qui fait battre mon cœur.
Mon regard l’implore de tirer, de m’achever et de faire cesser ainsi cette douleur de ne pouvoir me résoudre à lui ôter la vie. Je ne vois, aux soixante pas réglementaires, que son bras droit,
figé, le canon tendu en ma direction. Rien ne se passe. Je devine déjà ses pensées, lui, qui ne puit pas plus que moi, accomplir l’acte de bravoure et d’honneur
familial.
Le silence s’est installé. La nature, en communion dans cet instant s’est tu, attendant le
verdict que les armes doivent rendre. C’est le moment où tout commence de ce combat tant renié, c’est le moment où tout prend fin de ce que nous nous sommes aimés. Est-il une fin à cet amour,
quand l’un portera le coup à la vie de l’autre ? Il n’est de certitude que de cette torture incessante qui vient prendre mon cœur, qui pleure tout ce que mes yeux secs ont trop versé en larmes,
il n’est de certitude que l’immense douleur de l’instant, bien plus foudroyante encore que la blessure qui m’emportera, bien plus douloureuse à l’idée de perdre l’être tant aimé par ma main si
caressante et la volonté d’autres plus puissants. Je ne puis me résoudre à cet acte inconsidéré, rendant mon destin dans les mains de celui qui remplit mon cœur. Bien plus qu’une mort la vie sans
lui serait trop douloureuse mais déjà j’entends au loin un bruit suspect et métallique, les yeux perdus dans le vide, m’empêchant de réaliser les faits en cet instant.
Revenue à la réalité je plonge mon regard vers celui qui aurait du être ma cible. Le bruit
sifflant d’une balle tirée dans ce silence à fait fuir quelques oiseaux nichés dans un arbre près de lui. Je vois alors gisant, l’être tant aimé. A ne pouvoir se résoudre à m’ôter la vie, il a
retourné le canon contre lui. Gisant dans l’herbe humide de la rosée matinale, il ne bouge pas. Stupéfiée, je ne puis réagir, tellement mon cœur est déchiré. Mes yeux si secs ces derniers jours,
d’avoir trop été mouillés, se retrouvent soudain inondés de larmes. Des torrents coulent de mes joues tandis que je rejoins le corps de l’être aimé. Je veux encore le serrer contre moi, sentir
encore la douce chaleur qui l’habite pour quelques heures. Je veux sentir son souffle même si tout cela n’est qu’utopie puisqu’il ne respire plus. Il n’y a plus d’alternative à ma vie, sans lui
plus rien ne me retient ici. Je sais alors ce qu’il me reste à faire et retournant le canon de mon arme contre mon cœur je m’installe tendrement dans les bras de celui qui m’attend de l’autre
côté, là où il fait noir mais également là où personne ne pourra plus nous s’opposer à ce que nous nous aimions. Je me blottis contre ce corps si tendrement aimé et une fois installée, je tire
résolument la balle de la fatalité, celle qui fera que dans quelques secondes je le rejoindrais pour l’éternité.
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Sous les écailles grises
d' une coquille d' huître
dort une perle de nacre.
Et la mer se retire,
affleure les récifs
d' une barrière de corail.
Si j' avais su te dire...
A quoi bon l' immortelle?
cette fleur tout à fait morte
dont les pétales fanés
se dessèchent sous un globe.
Je préfère l' éphémère
dont le vol argenté
me rappelle à jamais
un éternel été.
Si j' avais su te dire...
Les mots se dissimulent,
les lettres se minusculent,
dans l' espoir d' une virgule.
En suspension.
Sous perfusion.
Trois petits points de suspension.
Mais voici déjà l' heure
où les ombres s' allongent,
où le mystère émerge
du pays des mensonges.
quand la lame de fond
des souvenirs remonte.
Où trouver l' élégance
de garder le silence?
Si j' avais su te dire...
Les mots se dissimulent,
les lettres se minusculent,
dans l' espoir d'une virgule.
En suspension.
Sous perfusion.
Trois petits points de suspension.
Et quelqu' un reprendra
cette chanson pour toi
avec des mots plus forts,
avec des mots plus justes.
Chanter à ta mesure,
ce que je n' ai jamais su.
Mais je n' ai jamais su
chanter à ta mesure.
Les lueurs immobiles d'un jour qui s'achève.
La plainte douloureuse d'un chien qui aboie,
le silence inquiétant qui précède les rêves
quand le monde disparu, l'on est face à soi.
Les frissons où l'amour et l'automne s'emmêlent,
Le noir où s'engloutissent notre foi, nos lois,
Cette inquiétude sourde qui coule dans nos veines
Qui nous saisit même après les plus grandes joies.
Ces visages oubliés qui reviennent à la charge,
Ces étreintes qu'en rêve on peut vivre 100 fois,
Ces raisons-là qui font que nos raisons sont vaines,
Ces choses au fond de nous qui nous font veiller tard.
Ces paroles enfermées que l'on n'a pas pu dire,
Ces regards insistants que l'on n'a pas compris,
Ces appels évidents, ces lueurs tardives,
Ces morsures aux regrets qui se livrent la nuit.
Ces solitudes dignes du milieu des silences,
Ces larmes si paisibles qui coulent inexpliquées,
Ces ambitions passées mais auxquelles on repense
Comme un vieux coffre plein de vieux joués cassés.
Ces liens que l'on sécrète et qui joignent les être
Ces désirs évadés qui nous feront aimer,
Ces raisons-là qui font que nos raisons sont vaines,
Ces choses au fond de nous qui nous font veiller tard
J-J. Goldman
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