Partager l'article ! Ecrire, un an après...: Parce qu’un jour ou l’autre, il faut finir par trouver l’énergie qui manquait jusqu’alors, et répondre après ...
Parce qu’un jour ou l’autre, il faut finir par trouver l’énergie qui manquait jusqu’alors, et répondre après une année de réflexion à ce texte si révoltant pour soi. Qu’en est-il finalement d’écrire, si ce n’est la valeur d’une expression, peut-être même parfois, l’arme de la destruction ? Quand les mots, au même titre que les silences, peuvent être doux ou ravageurs. Ecrire exige, bien plus que ça n’autorise. La soumission aux mots conduit souvent à l’expiation des maux. Quel magnifique retour sur soi-même, artistique ou seulement introspectif, que de pouvoir étaler ce « verbiage » sans pudeur qui conduit à l’exutoire et lave l’âme de ce qu’elle porte de si tumultueux. Certains disent que pour écrire, comme toute autre forme d’art, il ne suffit pas d’exister mais que c’est le lot des torturés, des écorchés. Peut-être est-ce vrai. Finalement c’est peut-être ça la clé… Notez toutefois que la remarque peut s’inverser et écrire peut faire souffrir au point de torturer. Il ne s’agit pas de remplir, aussi laborieusement que possible, de noir une feuille blanche, mais bien de laisser dans les lettres faire paraître les émotions, les descriptions, les joies mais aussi les souffrances. Alors certes, il est bien difficile de décrire ce que l’on ne connaît pas, toutefois, même si dans chaque phrase on laisse un peu de soi, il n’en demeure pas moins que la part de l’imaginaire, de la sensibilité, joue aussi un rôle exemplaire dans cette quête des mots.
Toutefois on peut s’interroger sur l’humilité face à l’écrire. Est-ce bien de l’humilité ? Partir du simple postulat que « l’écriture n’a pas besoin de moi pour exister mais j’ai besoin d’elle pour vivre ». C’est bien là faire le constat de son influence ou non sur le lecteur, cependant est-ce si humble que cela ? En effet, si l’on considère l’écriture comme étant une forme d’expression artistique, cela veut dire qu’il s’agit d’Art. Ors l’Art possède cette magnifique caractéristique de la tolérance et l’ouverture à chacun d’apporter sa pierre à l’édifice, de considérer la masse artistique dans sa plus grande hétérogénéité. Sa valeur principale réside dans le fait qu’il s’adresse à tous puisque ce que le lecteur n’aimera pas d’un auteur, sera aimé de d’autres etc… N’est-il pas, inversement, un peu égoïste que, dans ce caractère si humble de reconnaissance du superflu de sa propre production, c’est considéré ne pas apporter sa pierre à l’édifice et donc ne pas vouloir faire partager. Car finalement, qu’est-ce que l’art si ce n’est véritablement le partage, l’engagement et le dialogue avec autrui ? Après tout, si Montesquieu, Rousseau, Zola, Hugo et bien d’autres encore avaient eu ce discours, autant aurait-il fallu qu’ils lâchent leur plume et travaillent à la mine. Nous n’aurions alors pas partagé les magnifiques écrits, tant par la pensée que par le style, qu’ils ont pu nous laissés. Après tout, que nous ne nous trouvions peu dignes de l’écriture est une chose, cependant, que nous n’en soyons pas dignes en est une autre. Finalement le problème réside peut-être simplement dans le fait de cette incertitude totale, cette incapacité continuelle à évaluer ses propres écrits. C’est bien pourquoi c’est si dur d’écrire, de laisser ses tripes à l’air et de les étaler sur la feuille blanche qui se noircit un peu plus au fil des mots. Cependant, si la force qui se dégage de soi, délivrant l’adrénaline et transportant dans des états seconds, tels que peuvent l’être parfois certains athlètes, il n’en demeure pas moins que c’est aussi s’enfermer dans une bulle pour dresser des murs. Cette bulle qui va protéger de tout ce à quoi l’auteur est soumis généralement à l’extérieur.
Alors évidemment, derrière tout ça, derrière les mots, il y a les risques. Cette mise en danger, ce parcours sur un fil, toujours en équilibre. On donne de soi, même dans le plus fictif des projets. On s’investit et on s’exprime et puis… vient alors le moment où il faut assumer ses propres écrits face au lecteur. Souvent c’est drôle. Parfois ça l’est moins. Il y a ce petit comique de la situation qui ressort où l’on croise le lecteur enthousiasme qui va nous raconter l’histoire, ménageant le suspense - oui, parce que forcément on est pas au courant, même si on a écrit l’histoire ;-) - et qui va ensuite vouloir faire une explication de texte, mettant l’accent sur le chant lexical ou autre forme qui vient à l’esprit. Ca laisse une petite note sympathique et plutôt marrante. Et puis, pour les écrits plus sombres, ceux qui ont fait fuir d’autres et qui ont interpellé, ceux-là engagent plus que soi-même et représentent le véritable danger. Danger pour le lecteur ? Non, mais pour soi, oui. La plupart des lecteurs n'en saisiront pas le sens profond et n'interpreteront pas forcément de la bonne façon. Il est clair qu'on reste passif et qu'on ne contredit pas dans ces cas-là. Bien souvent, ces écrits là ne sont destinés qu'à une voire quelques personnes, sous forme de message que seules quelques âmes plus proches et dans la confidence seront aptes à décoder. Après tout les mots qui sont alors sortis sont directement venus du fond de l’auteur, de ses entrailles et de ses émotions les plus profondes. Impudiques, les plaies et les tortures, toutes ces incertitudes, se sont étalées au grand jour. Souvent au travers de banalités ou de questions diverses mais parfois aussi de manière plus intense et moins voilée. C’est là que le partage est le plus douloureux, c’est là que le danger est le plus grand. Mettre son âme à nue, sans retenue et sans vouloir s’exhiber pour autant. C’est aussi le grand risque de la réaction du lecteur, celui qui va réagir tout aussi violemment, à hauteur de ce qu'il aura ressenti en lisant que ce que l’on aura produit. C’est aussi prendre le risque de perdre ceux qui passent, que l’on aime, qui lisent et s’enfuient. Finalement si écrire est une forme d’expression artistique, au même titre que chanter, danser, peindre ou sculpter, ça reste probablement la plus terrifiante parce que la plus explicite de ces expressions. On pourra toujours dissimuler une larme derrière une note de musique, on ne la dissimulera pas derrière le mot « larme ».
L’heure n’est plus au message dissimulé, presque incompréhensible puisqu’il est déjà bien trop tard pour ça, à moins qu’il ne soit encore trop tôt, mais enfin trouver le courage, ou plutôt l'énergie, pour poser quelques mots sur cette interrogation qui restait entre parenthèses depuis maintenant une année entière, même si c’est pas la bonne couleur de cheveux, une fois encore, même si j’ai des doutes sur le fait d'avoir l'occasion d'aborder le sujet un jour, avec la personne concernée, même si, bien qu’elle manque énormément, passe par là et lise ces mots... miraculeusement...
Et pour ne pas changer la tradition, musique ;)
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Sous les écailles grises
d' une coquille d' huître
dort une perle de nacre.
Et la mer se retire,
affleure les récifs
d' une barrière de corail.
Si j' avais su te dire...
A quoi bon l' immortelle?
cette fleur tout à fait morte
dont les pétales fanés
se dessèchent sous un globe.
Je préfère l' éphémère
dont le vol argenté
me rappelle à jamais
un éternel été.
Si j' avais su te dire...
Les mots se dissimulent,
les lettres se minusculent,
dans l' espoir d' une virgule.
En suspension.
Sous perfusion.
Trois petits points de suspension.
Mais voici déjà l' heure
où les ombres s' allongent,
où le mystère émerge
du pays des mensonges.
quand la lame de fond
des souvenirs remonte.
Où trouver l' élégance
de garder le silence?
Si j' avais su te dire...
Les mots se dissimulent,
les lettres se minusculent,
dans l' espoir d'une virgule.
En suspension.
Sous perfusion.
Trois petits points de suspension.
Et quelqu' un reprendra
cette chanson pour toi
avec des mots plus forts,
avec des mots plus justes.
Chanter à ta mesure,
ce que je n' ai jamais su.
Mais je n' ai jamais su
chanter à ta mesure.
Les lueurs immobiles d'un jour qui s'achève.
La plainte douloureuse d'un chien qui aboie,
le silence inquiétant qui précède les rêves
quand le monde disparu, l'on est face à soi.
Les frissons où l'amour et l'automne s'emmêlent,
Le noir où s'engloutissent notre foi, nos lois,
Cette inquiétude sourde qui coule dans nos veines
Qui nous saisit même après les plus grandes joies.
Ces visages oubliés qui reviennent à la charge,
Ces étreintes qu'en rêve on peut vivre 100 fois,
Ces raisons-là qui font que nos raisons sont vaines,
Ces choses au fond de nous qui nous font veiller tard.
Ces paroles enfermées que l'on n'a pas pu dire,
Ces regards insistants que l'on n'a pas compris,
Ces appels évidents, ces lueurs tardives,
Ces morsures aux regrets qui se livrent la nuit.
Ces solitudes dignes du milieu des silences,
Ces larmes si paisibles qui coulent inexpliquées,
Ces ambitions passées mais auxquelles on repense
Comme un vieux coffre plein de vieux joués cassés.
Ces liens que l'on sécrète et qui joignent les être
Ces désirs évadés qui nous feront aimer,
Ces raisons-là qui font que nos raisons sont vaines,
Ces choses au fond de nous qui nous font veiller tard
J-J. Goldman
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